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Canadian Death Race
Canadian Death Race


Stéphane Delmas est allé au bout de la surprenante épreuve nord-américaine, la « Canadian Death Race ». Il revient pour Isostar sur cette épreuve mythique, témoignage.

 

"C’est une course un peu folle où je me suis embarqué cet été pour tenter la Canadian Death Race! Au menu : 125 km non stop à réaliser en moins de 24 heures à travers les montagnes rocheuses canadiennes. Que du bonheur…"


Stéphane, parlez-nous du contexte particulier dans lequel s’est courue cette épreuve ?

Des montagnes à perte de vue, des lacs et rivières, des forêts et animaux sauvages.  Ces clichés que l’on a tous de cette contrée sont bien réels. C’est bien ce que j’ai découvert pendant les dix jours dans l’Alberta, cette si belle province canadienne.

Tout est surdimensionné comme ces routes à perte de vue où d’énormes pick-up côtoient des bikers en mal de liberté. C’est une autre façon de vivre que je découvre ici, entre modernisme et nature, entre vie professionnelle la semaine et activité en plein air le weekend (rafting, randonnée en montagne, quad, ballade à cheval, …).


Je suis arrivé trois jours avant la course.  Grande Cache, le site de course, est à  5 heures de route d’Edmonton.

De suite, le paysage change et les forêts de sapins font place aux montagnes parfois encore enneigées. Les lacs et rivières s’immiscent dans cette partition et les notes deviennent alors plus sucrées, plus harmonieuses. Je me délecte de ces douceurs auxquelles pourtant je m’attendais mais qui m’impressionnent tout de même.  Je fais souvent des poses tant le paysage me fascine.

 


Un raid aventure en pleine nature donc ?

Le site de course, Grande Cache est une petite ville où tous les habitants et commerçants sont voués à cet évènement. La Death Race attire de nombreux coureurs canadiens et américains, mais aussi de tous les continents. Les consignes de course annoncent clairement que l’on se situe dans un parc national où vivent de nombreux ours !!! Donc un spray anti ours et une cloche sont à prévoir afin de palier notre manque de férocité face aux ours ! Hormis les grizzlys ce sont des élans, des loups et cougars que l’on peut plus facilement rencontrer.

Le matériel obligatoire dans le sac est prêt, le moral et les jambes le sont également…il ne reste plus qu’à patienter jusqu’au samedi 31 juillet à 8h00.

 


Combien de personne au départ de cette épreuve ?

1500 coureurs sont sur la ligne de départ. L’ambiance est vraiment détendue et cela parait déjà irréel face aux défis à relever. Les coureurs sourient, chantent et dansent au rythme de la sono. Puis l’hymne canadien est chanté a capella.

 


Stéphane, faites-nous vivre la course de l’intérieur, comment cela s’est déroulé ?


Le départ est donné à l’heure. Les fauves sont lâchés et déjà le rythme est endiablé. Mais jusqu’où tiendront-ils ? Les premières difficultés ne tardent pas. La boue favorisée par les pluies des jours précédant ainsi que les troncs d’arbres qui jonchent le circuit nous pénalisent. Mais les 20 premiers km  sont avalés en 1h41’… il se peut que le rythme diminue par la suite…


Justement la suite : elle paraissait corsée sur le papier et en effet le tracé ne dément pas ! Les premières vraies difficultés sont là avec des sacrées bosses dignes d’une ascension du Mont Cameroun ou des pentes népalaises. De surcroit, la végétation très dense nous place régulièrement en position inconfortable puisque le chemin n’apparait qu’au dernier moment, ces arbustes nous dévoilent le circuit que un à deux mètres avant !! Autant vous dire que la concentration dans ces moments est extrême.


Les bosses sont difficiles et longues. Elles me cisaillent les cuisses. Même dans les descentes la récupération est impossible tellement la verticalité est impressionnante et les chutes nombreuses.

Le peu de plat que nous ayons se situe vers le 60ème km, près de Creek Trail qui longe un torrent glacé (que l’on devra d’ailleurs traverser vers le 105ème km). La chaleur avoisine les 30°C et l’envie de plonger les pieds dans cette eau glaciale est grande. Mais restons encore concentré, plus que 65 km…


Le moral est en baisse à l’approche de la principale difficulté, le Mont Hamel avec ses 850m de D+ à avaler.

Cette bosse est longue et le décompte du temps se restreint car pour arriver au bout du défi les barrières horaires sont serrées, voire très serrées. Je ne possède plus que deux heures d’avance sur l’horaire au lieur des 6 heures escomptées. Je suis alors sur une base de 22 heures tandis que je pensais et étais parti sur un 18 heures.


Bon sang que cette course est dure, que ce Canada me surprend par ses difficultés et mes satanées jambes sont sciées par les reliefs et le début de course. Le but est à présent de tenir une certaine cadence afin de terminer au moins cette aventure et si possible tenter de descendre sous les 20heures.

 


Une course éprouvante donc ?

Effectivement, plus d’une fois je me suis dit, « que cette route est longue et pénible » ! Ces côtes n’en finissent pas et pour couronner le tout, les organisateurs ont placés à de nombreux endroits des pancartes nous incitant à l’abandon : « arrête toi ici, c’est trop dur pour toi », « tu n’es pas capable d’aller au bout », il te reste plus de la moitié à parcourir, stop ici », ... En 2009, seuls 300 coureurs avaient franchis cette ligne d’arrivée sur les 1500 partants.

Le point culminant du Mt Helmet s’approche et les moustiques nous dévorent. Ils sont résistants même à près de 3000m ! Il est 19h et l’obscurité apparaitra dans 3 heures. Je dois avancer un maximum en plein jour.


Les questions fusent dans ma tête en même temps que j’apprécie rapidement ce paysage.

Les montées et descentes se suivent. Le silence est parfois entrecoupé par le bruit des clochettes accrochées au sac des coureurs, ceci afin d’effrayer les ours.

Cela aura au moins pour mérite de m’agacer et de me remettre dans la course !



Et puis la nuit arrive c’est ça ?


Effectivement, après près de 14h de course, la nuit est là !! Il est temps d’allumer nos lampes et de sortir du sac des vêtements secs et chauds pour la nuit qui s’annonce encore longue.


Curieusement j’avale les difficultés plus aisément et mes jambes comme mon moral vont mieux. L’organisation nous réserve pourtant de belles surprises avec des parties forestières denses, toujours des dénivelés et une traversée d’un torrent à l’aide d’une corde.


A l’approche du point de franchissement on entend  des bruits de moteur qui réveilleraient un ours en hibernation. Et effectivement, deux hors bord sont sur place non pas pour assurer la sécurité mais pour nous faire traverser !!

Le débit du torrent aidé par les pluies est si fort qu’il est impossible de rejoindre l’autre rive. On attend que le hors bord soit complété de 4 coureurs pour cette traversée si brève, si surprenante, si fraîche.


Les dernières pentes sont plus courtes et l’appel de la ligne d’arrivée me presse. Je calcule depuis le début de course mon temps final. La sortie de forêt me surprend. On rejoint le bitume pour les 500 derniers mètres.

 


Et bientôt la ligne d’arrivée, quel a été votre sentiment à ce moment et a posteriori ?


La ligne d’arrivée tant rêvée est là, le public sous les couvertures m’applaudissent, m’encourage « Go Death Racer !!! ». Je l’ai fait…j’y suis arrivé !!!


Au final je termine 51ème, 2ème Européen, pour 20h36’ d’effort. Je suis déçu mais heureux à la fois. Certes je n’ai pas fait le temps escompté mais il est très difficile de prévoir ce qui nous attend dans ce genre d’épreuve. Et après tout, ce qui compte dans cette course c’est bien de franchir la ligne d’arrivée à temps. En 2010, 418 coureurs ont terminés cette aventure dans les 24 heures imposées. Il ne tient qu’à vous de gonfler ces statistiques ?
 

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